Le Turquetto

 

Résumé

 

Se pourrait-il qu'un tableau célèbre - dont la signature présente une anomalie chromatique - soit l'unique oeuvre qui nous reste d'un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne : un élève prodige de Titien, que lui-même appelait "le Turquetto" (le petit Turc) ? Metin Arditi s'est intéressé à ce personnage.
Né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople, aux environs de 1519), ce fils d'un employé du marché aux esclaves s'exile très jeune à Venise pour y parfaire et pratiquer son art. Sous une identité d'emprunt, il fréquente les ateliers de Titien avant de faire carrière et de donner aux congrégations de Venise une oeuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d'art sacré byzantin.
Il est au sommet de sa gloire lorsqu'une liaison le dévoile et l'amène à comparaître devant les tribunaux de Venise... Metin Arditi dépeint à plaisir le foisonnement du Grand Bazar de Constantinople, les révoltes du jeune garçon avide de dessin et d'images, son soudain départ... Puis le lecteur retrouve le Turquetto à l'âge mûr, marié et reconnu, artiste pris dans les subtilités des rivalités vénitiennes, en cette faste période de la Renaissance où s'accomplissent son ascension puis sa chute.


 

Mon avis

 

Note 4

 

Roman très beau qui mérite amplement le prix page des libraires 2011 ainsi que le prix Jean Giono 2011 qu'il vient de recevoir. L'auteur raconte une histoire terrible dans une période troublée par les problèmes de religions. A Constantinople ou à Venise la cohabitation entre les différentes confessions est difficile et quasiment impossible. Elie, le héros de ce livre, en fera les frais à plusieurs moments de sa vie. Le jeune Elie ne pense qu'à dessiner. Il ne voit son avenir que dans l'art et la représentation des choses. Seulement, en tant que juif il lui est interdit de faire une quelconque représentation de quoi que ce soit. A la mort de son père il change de nom et s'enfuit vers l'Italie pour réaliser son rêve : devenir peintre. Et il deviendra le plus grand peintre d'Italie. Quelques dizaines d'années plus tard, c'est à nouveau la religion qui le perdra. L'auteur a très bien décrit les tiraillements et les excès négatifs générés par les religions.

L'auteur nous fait de très belles descriptions de la fabrication des encres à Constantinople, de la vie dans les quartiers misérables de la ville. Par la suite la description des tensions à l'intérieur de la société vénitienne et notamment de la société religieuse est superbe.

Les personnages sont haut en couleur et très marquants. Zeytine, handicapé, fabricant d'encre... Cuneo, talentueux parvenu vénitien... Gandolfi, nonce amoureux de la peinture du Turquetto... Scanziani, dominicain et homme de loi...

En conclusion : un très beau roman à lire absolument